Dans le cadre d’un enfouissement d’une ligne haute tension, près de Saint-Quentin, l'Inrap a fouillé une série de sites dont un cimetière mérovingien, sur la commune de Noyales. Le site était connu pour avoir été fouillé en 1893, selon les méthodes expéditives qui caractérissaient bien souvent les fouilles archéologiques.

Dernière modification
25 juin 2024

Lors du diagnostic et après le décapage, 43 sépultures ont été dénombrées, auxquelles s'ajoutent un chemin creux orienté nord-ouest/sud-est, caractérisé par plusieurs ornières et recharges de craies  et un bâtiment sur quatre poteaux. Les recherches sur ce cimetière lors du diagnostic ont montré qu’il avait été « fouillé » en 1893, sans qu'il n'existe aucun compte-rendu de ces investigations. La réputation de Jean-Baptiste Lelaurain, l'archéologue de l'époque, est bien connue. Lui et son équipe de terrassiers auraient visité plus de 20 000 tombes dites « barbares » en Champagne et Picardie.

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Emprise de 12 m de large en cours de décapage.

© Estelle Pinard, Inrap, UMR 8215

Les fouilles réalisées par l'Inrap témoignent des techniques de fouilles employées par Lelaurain. Sur les 43 sépultures mises au jour, 7 sont intactes et 8 ont été partiellement visitées. Une sonde était utilisée pour repérer les structures comblées d’un sédiment plus meuble que le substrat crayeux. Un puits d’accès aux dépôts funéraires était ensuite creusé. Le plus souvent, les terrassiers ont outrepassé les limites de creusement (fond et parois) des sépultures. Une vingtaine de ces puits ont pu être dénombrés.

Les sépultures partiellement conservées correspondent à un travail « bâclé » des terrassiers de 1893. Les tombes ont été visitées mais les terrassiers ont oublié ou n’ont pas pu terminer leur exploration et ont laissé quelques objets et des parties de squelette en position primaire. Ainsi, deux fers de lance en fer dont un de 60 cm de long, une plaque-boucle en fer, une boucle et sa contre plaque en alliage cuivreux, deux petits poignards en fer et deux vases biconiques attribuables à la seconde moitié du VIe et à la première moitié du VIIsiècle ont été collectés. Ces objets et l’acharnement à des terrassiers à ouvrir le plus de tombes possible laissent à penser que les dépôts de ce cimetière devaient être conséquents.

Parmi les sépultures, trois ont livré des blocs calcaires travaillés. Dans le premier cas, les blocs tapissent les parois et ont pu former et/ou participer au coffrage. Dans le deuxième, le bloc découvert dans le comblement remanié au XIXe siècle a pu servir de marqueur de surface. Dans le troisième cas, du chevet jusqu’au milieu de la sépulture, des blocs emplissent le creusement, ils y ont été rejetés lors de la fouille de 1893. Leur provenance et appartenance à cette sépulture ne sont que supposées, mais leurs mises en forme et pour certains blocs les lignes incisées pourraient témoigner d’une construction ou d’un système de fermeture particulier.

Les sépultures complètement visitées au XIXe siècle ont été vidées et quelques pièces osseuses, des fragments de fer et de céramique ont été découverts en position de rejet soit dans les puits d’accès, soit dans les comblements des fosses sépulcrales. Les squelettes de ces tombes sont très lacunaires.

Les défunts des sépultures intactes reposent en décubitus les membres en extension dans des fosses plus ou moins surdimensionnées, des clous, des traces de bois et des effets de contentions suggèrent la mise en place de coffrage avant le dépôt du corps. Peu de mobiliers ont été recueillis ; quelques éléments de ceinture et des clous.

La fouille sur cette emprise contrainte de 12 m de large a permis la redécouverte d’un cimetière certes largement investigué en 1893, mais qui après étude notamment des mobiliers en dépôt devrait permettre de caractériser la période mérovingienne encore mal identifiée dans ce secteur de l’Aisne. Par ailleurs, des recherches sur J.-B. Lelaurain et ses « fouilles » amèneront peut-être des informations sur les objets exhumés et sur ce que sont devenus les restes humains.

Aménagement : RTE
Contrôle scientifique : Service de l’Archéologie, Drac Hauts-de-France
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Estelle Pinard, Inrap
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