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Brèves du Bronze : un soc d’araire de l’âge du Bronze dans les Alpes
À l'occasion de la saison scientifique et culturelle de l'Inrap, des archéologues racontent des fouilles et des objets de l'âge du Bronze qui les ont marqués.
Dans la commune de Chens-sur-Léman, en Haute-Savoie, à 300 mètres du lac Léman, la fouille d’un village de l’âge du Bronze final a révélé une fosse dépotoir, datée par carbone 14 sur des charbons de bois entre 1255 et 997 avant J.-C . Cette fosse contenait de nombreux objets dont un complètement inédit. L’artefact, façonné sur une dallette de microgabbro (roche magmatique dense) légèrement métamorphisé, est entièrement conservé. En forme de losange, ses dimensions sont de 22,1 cm de long, 12,8 cm de large et 2,8 cm d’épaisseur ; son poids est de 890 grammes. À l’une de ses extrémités, deux encoches ont été aménagées.

Soc d’araire découvert à Chens-sur-Léman (Haute-Savoie), daté de 1255 à 997 av. J.-C. Dallette en microgabbro, de forme quasi losangique. Dimensions : 22,1 cm, 12,8 cm, 2,8 cm, 0,890 kg. Pièce amovible pour les labours.
© S. Cousseran-Néré, F. Isnard et E. Néré (Inrap ARA)
Cet objet pourrait être un soc d’araire. L’usure de l’outil permet de calculer que le soc était monté avec un angle de pénétration dans le sol de 26°. Ce chiffre correspond à l’angle parfait calculé dans les ouvrages d’agronomie pour créer les sillons les plus efficaces possibles. Les deux encoches servaient à monter, lier et stabiliser l’objet sur son support.

Soc d’araire découvert à Chens-sur-Léman (Haute-Savoie), daté de 1255 à 997 av. J.-C. Dallette en microgabbro, de forme quasi losangique. Dimensions : 22,1 cm, 12,8 cm, 2,8 cm, 0,890 kg. Pièce amovible pour les labours.
© S. Cousseran-Néré, F. Isnard et E. Néré (Inrap ARA)
Jusque-là, aucune lame de socs d’araires n’avait été trouvée en contexte alpin, malgré leur représentation sur des gravures rupestres dont certaines sont datées de l’âge du Bronze final. Il faut attendre l’époque gauloise, pour retrouver cet objet, mais en fer cette fois, même si des traces de sillons sont connues à l’âge du Bronze. Une lame de soc amovible n’est pas obligatoire pour travailler la terre puisque les araires du Néolithique et de l’âge du Bronze sont la plupart en bois d’un seul tenant, mais le travail effectué est plus efficace avec une lame en matériau dur. La mobilité de l’objet permet de changer la lame tout en gardant une bonne partie de l’araire.
Dans la région alpine, les témoignages de ce type d’outils sont indirects. Ainsi, on peut voir des araires en cours d’utilisation sur les gravures de la vallée des Merveilles.
Les analyses des céréales mises au jour sur le site permettent d’affirmer qu’elles ont été cultivées sur sol labouré. La fouille a permis de voir que l’occupation date déjà de plusieurs siècles au moment de l’utilisation de l’objet et que le parcellaire est dense, donc, que les champs fonctionnent depuis longtemps. La terre est meuble et doit se prêter parfaitement à ce type de travail.
Éric Néré, Inrap