Vous êtes ici
Un éclairage inédit sur la ville antique de Limoges (Haute-Vienne)
En amont d’un projet d’aménagement de voirie et de réseaux, des archéologues de l’Inrap interviennent rue du Pont Saint-Martial, impasse des Teinturiers et place Blanqui. La rue du Pont Saint-Martial qui reprend sur près de 275 m le tracé du cardo maximus d’Augustoritum (Limoges) et comprend la présence d’un aqueduc, offre une rare fenêtre d'étude de l'évolution de ce quartier urbanisé depuis l’Antiquité et constitué de terrasses aménagées vers la Vienne.
Les données issues du diagnostic archéologique réalisé en 2023 (F. Devevey), ainsi qu’une prospection géoradar (B. Forès) et les découvertes plus anciennes réalisées dans le secteur avaient permis d’identifier plusieurs vestiges gallo-romains rue du Pont Saint Martial à Limoges (Augustoritum). Ce secteur, situé au cœur de la ville antique, traverse notamment la maison dite des « Nones de Mars ». Construite en bordure du cardo maximus, elle se distingue par son emprise d’au moins 3 783m² pour un minimum de 28 salles, un vaste péristyle agrémenté d’un bassin et d’un portique enveloppant un viridarium. Le réaménagement du Centre de sélection militaire en 1982 avait notamment permis d’en étudier la partie orientale.
Une grande partie de la parure monumentale antique notamment publique se trouve dans ce secteur de la ville au débouché du pont sur la Vienne (théâtre, forum, grande domus…). Cette opération fut l’occasion d’approfondir les connaissances sur l’organisation architecturale et stratigraphique de ce quartier de la ville antique.

Mur monumental Place Blanqui.
© F. Devevey, Inrap
Un réseau d'aqueduc romain
La fouille a permis d’importantes découvertes quant à l’organisation de l’adduction d’eau antique. Si un premier aqueduc était déjà connu dans le secteur (il apparait notamment sur le plan de la ville de 1883), on notera la découverte d’un second aqueduc cette fois-ci inédit venant se raccorder sur le premier. Cette cavité en partie obstruée reste malgré tout partiellement active. La qualité de sa conservation a permis d’observer de nombreuses traces d’outils (piques) ainsi que les encoches permettant son accès.

Aménagement d’une galerie dans l’aqueduc romain rue du Pont Saint-Martial.
© A. Belleli, Inrap

Mise au jour d’un puits d’aération de l’aqueduc romain rue du Pont Saint-Martial.
© F. Devevey, Inrap

Galerie de l’aqueduc romain rue du Pont Saint-Martial.
© A. Belleli, Inrap
Un riche quartier antique : une domus inédite
Si la fouille a permis de venir compléter les données sur la domus des Nones de Mars, elle a également permis la découverte d’un second ensemble inédit. La mise au jour de nombreux fragments d’enduits peint dans les niveaux de démolition et de remblais vient confirmer la richesse du secteur. Cette découverte a engendré le déclenchement d’une tranche complémentaire permettant un décapage extensif de la zone en amont de la rue du pont saint Martial. Une domus inédite a été mise au jour, la domus Aemilia, située à l’angle du decumanus maximus et d’un cardo secondaire. La fouille a permis la mise au jour de la partie balnéaire du complexe avec trois salles dont le caldarium, le laconicum (chauffées par hypocaustes) et possiblement le frigidarium.
Le secteur à l’arrière de la domus Aemilia a livré un vaste espace de circulation bordé d’un portique, manifestement occupé par des boutiques, dont les niveaux de sols étaient conservés.

Orthoplan de la domus Aemilia.
Photogrammétrie et traitement : © O. Onezime, Inrap.
La voierie antique
Malgré la présence de nombreux réseaux récents, plusieurs tronçons de voieries antiques stratifiés ont pu être mis au jour, parmi lesquels le decumanus maximus, le cardo maximus ainsi qu’un cardo secondaire.
La partie sommitale du site a même permis d’observer l’intersection entre le decumanus maximus et le cardo secondaire ainsi que leurs égouts associés. Ces derniers ont livré plusieurs éléments de mobilier dont l’étude est en cours, ainsi que des fragments de colonnes (dont un chapiteau toscan).

Voie romaine au premier plan avec aménagement d’un caniveau maçonné directement sous les niveaux contemporains. On observe également un reste de sol antique en arrière-plan de la photo, rue du Pont Saint-Martial.
© A.Belleli, Inrap
Une évolution du quartier dès l’Antiquité tardive
Malgré des modifications architecturales, l’occupation de la domus Aemilia semble se poursuivre au moins jusqu’à la période tardo antique.
Les éléments découverts place Blanqui permettent quant à eux de révéler une évolution inédite du paysage urbain durant l’Antiquité tardive. Alors que la ville se replie sur le noyau dit de la Cité, une fortification du forum semble s’opérer. La post-fouille devra permettre de caractériser ces éléments.
L’abandon de la domus Aemilia durant la période médiévale a pour corolaire une revégétalisation du secteur (plus quelques structures en creux, type silos), bien que le cardo maximus continue à être emprunté du moins partiellement, jusqu’à la période moderne.
La fouille menée à Limoges rue du Pont Saint-Martial, impasse des teinturiers et place Blanqui a permis d’offrir un éclairage inédit sur ce riche secteur de la ville antique.
La qualité des différents éléments mis au jour confirme la richesse du quartier. L’observation des aqueducs, de la domus des Nones de Mars ou bien la découverte de la domus Aemilia documentent le patrimoine au cœur de la ville antique d’Augustoritum et le caractère typiquement romain de ses infrastructures.
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Nouvelle-Aquitaine)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Frédéric Devevey / Amélie Belleli, Inrap