A Basse-Pointe, Martinique, un important projet à vocation touristique et culturelle, initié par la Communauté de communes du nord de la Martinique : le Centre d'animation et d'interprétation de la culture précolombienne, a donné lieu à la réalisation d'un diagnostic exemplaire.

Dernière modification
07 avril 2016

En effet, cette intervention archéologique a permis la découverte d'un site dispersé sur au moins 14 ha et stratifié sur deux niveaux séparés par une couche de ponce.

Le diagnostic est localisé sur la côte nord-est de l'île au pied de la Montagne Pelée au lieu-dit « Vivé ». Le terrain se trouve entre les bourgs de Basse-Pointe et du Lorrain sur un plateau délimité au nord par l'océan Atlantique, au sud-est par la rivière Rouge et au nord-ouest par la plaine alluviale de la rivière Capot. La parcelle concernée forme un grand éperon d'une surface de 14 hectares marqué par un pendage vers l'océan et la rivière Rouge. Ce secteur semble avoir été épargné par les deux nuées ardentes dites d'Ajoupa (2740+/-70 BP), ainsi que par les retombées de ponce P4 (2400+/-70 BP) et P3 (2010+/-140 BP). Ce dernier épisode a été, sans conteste, la plus importante activité enregistrée par le volcan au cours de sa période récente. Cependant, il est possible que le site de Vivé ait subi les conséquences du phénomène paroxysmal, de type « blast » (déferlante cendro-ponceuse), qui a probablement tout détruit autour du cratère dans un rayon de 15 km. C'est, semble-t-il, après cet épisode éruptif que se placent les premières traces d'occupations humaines sur le site de Vivé.
Le niveau archéologique inférieur est directement recouvert par les produits d'un épisode éruptif ; cette disposition stratigraphique plaide pour que la cause de l'abandon du site par les Amérindiens soit l'éruption de la Montagne Pelée.

Le site de Vivé est une occupation saladoïde. Cette série a été définie sur le continent sud-américain au Venezuela dans le bas et moyen Orénoque. Les premiers travaux archéologiques sont attribués à Osgood et Howard qui vont fouiller les sites de Los Barrancos dans le bas Orénoque et de Ronquin dans le moyen Orénoque. Ils y définiront deux styles céramiques qu'ils mettront en rapport avec des ensembles déjà décrits dans les Antilles. La datation de l'apparition de la série saladoïde fait à l'heure actuelle l'objet d'une controverse. Les traces les plus anciennes de cette série ont été identifiées au niveau du cours moyen de l'Orénoque entre sa confluence avec le rio Apure et son delta. Cet ensemble culturel va alors se déplacer depuis le moyen Orénoque, vers la zone littorale. Différentes hypothèses ont été émises pour expliquer la chronologie et les raisons de ce glissement vers les côtes. Cependant la communauté scientifique s'accorde unanimement sur le fait que la sous-série saladoïde cédrosane correspond à une évolution de la sous-série ronquinane du moyen Orénoque sous l'influence de la série barrancoïde du bas Orénoque. Cet ensemble culturel s'étendait alors sur une bande littorale allant de l'île de Margarita jusqu'au nord du plateau des Guyanes, en incluant l'île de Trinidad.

Au cours du Ve siècle avant notre ère, des groupes humains liés à cette série saladoïde vont de nouveau migrer le long de l'arc antillais depuis les côtes du Venezuela. Le site de Vivé est l'un des sites de référence pour les groupes porteurs de la céramique de style saladoïde cédrosan ancien dans les Petites Antilles. Le développement des groupes liés à la série saladoïde est un événement majeur de la préhistoire des Antilles. Il marque le passage d'une économie de prédation à une économie de production. Il s'agit de populations agro-céramistes originaires du bassin de l'Orénoque qui introduisent avec elles le manioc amer et progressent rapidement le long de l'arc antillais au cours de la seconde moitié du premier millénaire. Ces groupes pionniers vont rapidement s'installer dans une zone allant de Trinidad jusqu'à l'est d'Hispaniola. Dans le cas de la Martinique, ces premières occupations agricoles sont toutes localisées dans le nord-est de l'île. Cette concentration des sites peut actuellement s'expliquer par un choix d'exploitation des ressources terrestres au détriment des ressources maritimes. Les Amérindiens auraient ainsi recherché les meilleures terres agricoles et la proximité de la forêt humide. Cependant, une plus large exploitation archéologique du territoire antillais peut faire évoluer cette appréciation.
Pendant près d'un millénaire, ces populations liées à la série saladoïde d'origine continentale, vont fonder un ensemble culturel homogène basé sur l'existence de nombreuses relations interinsulaires.