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Vestiges du Néolithique récent, de l’âge du Fer et du haut Moyen Âge à Pfulgriesheim (Bas-Rhin)
La fouille a permis la découverte d’un peu plus d’un millier de structures archéologiques qui correspondent pour l’essentiel à un important pôle d’occupation du Néolithique récent et à des monuments funéraires médiévaux isolés. La fouille a également mis en lumière la pauvreté des structures de l’âge du Fer relevant d'établissements de très faible statut. Un grand nombre de structures agricoles contemporaines a enfin été mis au jour.
Préalablement à l’aménagement d’un lotissement, la fouille a été effectuée sur une superficie de 5,5 ha, à la sortie sud de Pfulgriesheim. Les terrains concernés sont situés sur une petite éminence lœssique qui domine d’une vingtaine de mètres deux petites rivières, la Souffel au sud et un de ces affluents, le Leisbach, au nord.
La prescription du service régional de l'archéologie, qui s’appuie sur les résultats d’un diagnostic réalisé en décembre 2022, portait sur la compréhension et la mise en perspective des structures d’habitats du Néolithique récent et de l’âge du Fer ainsi que sur la contextualisation de cercles funéraires du haut Moyen Âge.
Un pôle d’habitat du Néolithique récent (4000-3400 avant J.-C.)
L’habitat du Néolithique récent est attesté par une série de silos creusés dans le substrat lœssique. Ces grandes structures de stockage sont très bien conservées et certaines ont été fouillées jusqu'à 2 m de profondeur. Elles sont regroupées en plusieurs ensembles, séparés les uns des autres par quelques dizaines de mètres. Comme cela a déjà été observé en Alsace, aucune trace de bâtiment n’a été relevée à Pfulgriesheim ; il faut toutefois noter que, dans chacun des regroupements, un silo au moins contenait de grandes quantités de torchis brûlé, pouvant atteindre près d’une demi-tonne et témoignant de la présence de constructions à proximité. Selon un schéma bien connu pour cette période dans la région, celui de la pratique des « inhumations en fosses circulaires », une dizaine de silos ont livré des sépultures. L’étude de la céramique et la datation précise des vestiges permettront de vérifier la contemporanéité de ces ensembles et de proposer un modèle d’exploitation des terroirs pour cette période du Néolithique : la question d’une multitude de petits habitats voisins ou du déplacement d’une cellule domestique sur un territoire donné pourra être tranchée.

Vue du décapage de Pfulgriesheim (Bas-Rhin), 2024.
© Clément Féliu, Inrap

Vue en coupe du comblement d’un silo du Néolithique récent (4000-3400 avant J.-C.), Pfulgriesheim (Bas-Rhin), 2023.
© Sylvain Griselin, Inrap

Vue en coupe du comblement d’un silo du Néolithique récent (4000-3400 avant J.-C.), Pfulgriesheim (Bas-Rhin), 2023.
© Maxime Walter, Inrap

Vue en coupe du comblement d’un silo du Néolithique récent (4000-3400 avant J.-C.) dans lequel près d’une demie tonne de torchis a été découverte, Pfulgriesheim (Bas-Rhin), 2024.
© Maxime Walter, Inrap
Un réseau de structures néolithiques liées à la chasse
La fouille a mis au jour une soixantaine de fentes, des structures qui présentent des caractéristiques particulières : de plan oblong, leur profil est très resserré, en forme de V, U ou Y. Au moins un possible « système », composé de plusieurs fentes disposées parallèlement selon une bande nord-sud, est perceptible à Pfulgriesheim. Bien connues pour le Néolithique dans l’est de la France, elles font l’objet de questionnements récurrents tant au sujet de leur datation précise que de leur utilisation. En effet, ces creusements ne livrent qu’exceptionnellement du mobilier, et ne peuvent être datés qu’à l’aide d’analyse 14C, avec toutes les réserves et incertitudes que cela implique. Pour ce qui est de leur fonction, en l’état actuel de la recherche, l’hypothèse d’un lien avec une activité cynégétique, essentiellement basée sur une approche comparative, est privilégiée.

Vue en coupe d’une fente du Néolithique, Pfulgriesheim, 2023.
© Anaïs Viennot, Inrap
Deux petits habitats de la fin de l’âge du Fer (480-25 avant J.-C.)
La fouille devait permettre d’étudier deux habitats de la seconde moitié de l’âge du Fer. Le premier, que l’on peut attribuer à la période de La Tène ancienne (480-280 avant J.-C.) s’organise autour de quelques silos et d’un bâtiments excavé de plan carré, d’un type assez classique pour la période. Le second, un peu plus tardif, date de La Tène finale (150-25 avant J.-C.). Il est structuré par un enclos, dont seuls trois côtés sont connus, installé dans la pente qui descend vers le nord de la fouille. Il s’agit très certainement d’un petit établissement rural, dont l’insertion dans un territoire plus vaste, contrôlé par des fermes fouillées à proximité devra être étudiée.

Vue d’un bâtiment excavé de La Tène ancienne (480-280 avant J.-C.) à la fin de la fouille, Pfulgriesheim (Bas-Rhin), 2024.
© Fanny Bricka, Inrap
Des enclos funéraires du début du Moyen Âge (600-700 après J.-C.)
Au VIIe siècle après J.-C., trois enclos funéraires sont installés en périphérie d’une importante nécropole fouillée à quelques centaines de mètres au sud-est. De forme circulaire, d’une quinzaine de mètres de diamètre, ils sont délimités par un fossé peu profond qui entourait un tertre plus ou moins volumineux.

Vue d’une tombe coffrée du haut Moyen Âge (600-700 après J.-C.) avant que le couvercle de dalles n’ait été soulevé, Pfulgriesheim (Bas-Rhin), 2024.
© Laure Sornin-Petit, Inrap
Deux d’entre eux, à l’ouest de la fouille sont accolés et forment un seul et même monument funéraire ; chacun comportait en son centre une tombe coffrée et recouverte d’une dalle de pierre. Seule une de ces sépultures était encore intacte, elle contenait le squelette d’un défunt enterré avec un éperon au pied gauche. Le troisième cercle funéraire n’a pas livré de tombe ; la sépulture qu’il entourait devait très certainement être construite dans la masse du tertre.

vue d’une sépulture contenue dans une tombe coffrée du haut Moyen Âge (600-700 après J.-C.), Pfulgriesheim (Bas-Rhin), 2024.
© Yasmine Mechadi, Inrap
Des aménagements agricoles contemporains (XXe siècle)
Un tiers des structures mises au jour sont des aménagements agricoles contemporains, dont la datation ne peut pas être remontée au-delà du XXe siècle. Il s’agit pour la plupart d’ancrage de houblonnières ou de rangs de vigne. La confrontation de ces observations avec les photos aériennes disponibles permettra de dater plus précisément ces témoins d’un passé agricole qui ne laisse que peu de traces dans les archives et ne transparaît généralement qu’au travers de ces découvertes fugaces qui ne sont pas toujours prises en compte.
L’étude des structures découvertes lors de la fouille de Pfulgriesheim, qui vient de commencer, permettra d’étudier, sur une surface rarement décapée d’un seul tenant, les caractéristiques d’un habitat du Néolithique récent en Alsace. La chronologie fine des vestiges, comme l’analyse de leur répartition spatiale sera déterminante pour comprendre comment les cultivateurs de cette période occupaient le territoire qu’ils exploitaient. Le réseau des fentes mise au jour apportera des compléments d’informations sur la fonction de ces structures ; des études sédimentologiques et chimiques menées sur le comblement de certaines d’entre elles offriront un éclairage nouveau sur leur utilisation. Enfin, les vestiges de l’âge du Fer et du Moyen Âge ne trouveront un sens qu’une fois remis dans leur contexte, et comparés aux résultats de fouilles antérieures effectuées à proximité.
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Grand-Est)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Clément Féliu, Inrap
- Un pôle d’habitat du Néolithique récent (4000-3400 avant J.-C.)
- Un réseau de structures néolithiques liées à la chasse
- Deux petits habitats de la fin de l’âge du Fer (480-25 avant J.-C.)
- Des enclos funéraires du début du Moyen Âge (600-700 après J.-C.)
- Des aménagements agricoles contemporains (XXe siècle)