Au printemps 2024, une fouille réalisée par les archéologues de l’Inrap a permis la mise au jour de vestiges d’un établissement daté des XIIIe-XVIe siècles à Montréal d’Aude. Prescrite par le service régional de l’Archéologie (Drac Occitanie) en amont de la construction d’une maison individuelle, la fouille a permis d’éclairer d’un jour nouveau l’occupation d’une parcelle de 600 m² située entre les deux lignes de fortifications médiévales de la châtellenie royale de Montréal.

Dernière modification
06 novembre 2024

Un site au riche passé historique

L’histoire de la cité de Montréal est marquée par plusieurs épisodes documentés par les sources écrites. Ainsi, un texte explique qu’en 1239 les faubourgs de la ville, qui s’était rangée aux côtés de Raimond-Roger Trencavel (vicomte d’Albi, Béziers et Carcassonne) lors de la croisade albigeoise menée par Simon de Montfort à la demande du pape Innocent III, doivent être démantelés par les habitants. À la place, de nouveaux quartiers à l’urbanisme orthonormé sont installés sur la face ouest de la colline de Montréal. Dans le même temps la collégiale Saint-Vincent et le monastère de Prouilhe sont construits afin de promulguer le credo du pape catholique Grégoire IX.

Un autre épisode tragique intervient le 15 novembre 1355 lorsque le Prince Noir Édouard de Woodstock, alors sur le chemin du retour au pays, pille une partie de la ville. Enfin à l’issue de la guerre des religions en 1630 les fortifications en terre seront détruites à la demande des Huguenots.

La fouille prescrite dans un secteur du faubourg médiéval visait donc à attester la réalité archéologique de ces épisodes.

 

Différents niveaux d’aménagements sur une parcelle à la configuration particulière

L’emprise de fouille bordée par une maison à l’est et un ancien chemin à l’ouest conserve la cadastration médiévale de parcelles longues et fines orientées nord-sud. Le terrain est marqué par une forte pente et une érosion conséquente. Par conséquent, les vestiges apparaissent directement sous la terre végétale, avec une chronostratigraphie discontinue entre les niveaux de terrasses. Celles-ci sont aménagées selon deux pentes distinctes, l’une du nord au sud, l’autre de l’est vers l’ouest.

Montréal 8

Une voie faite de fragments de tuile surplombant deux fondations de mur en galet.

© Tanguy Wibaut, Inrap

Les bâtis mis au jour sont installés dans des encoches planes entaillées dans le substrat et protégés par des drains qui détournent et canalisent les eaux pluviales. Des aménagements de galets et autres fragments de tuiles fichés dans la marne ou dans une chape de terre facilitent la circulation des personnes sur des pentes pouvant être glissantes par temps de pluie.

Trois phases d’occupation éparse et sans continuité entre les terrasses excavée ont été observées. Elles se matérialisent par la présence de bâtiments faits de murs en pierres, liés à la terre et parfois à la chaux. Des murs en bauge sont également mis en œuvre directement sur le substrat, sans aucune forme d’étanchéité sous-jacente. La dernière phase d’occupation s’organise à partir de pierres avec mortaises supportant des structures en bois, probable maison en colombage et torchis.

Une phase de destruction par le feu est mise en évidence dans le quart nord-est de la parcelle.

Une aire d'ensilage antérieure, contemporaine de l'occupation des bâtiments

Plus de soixante silos, de différents volumes, ont été fouillés sur la parcelle. Ils ont livré peu de mobilier datant, mais leur taphonomie témoigne de leur établissement au fil des occupations. On distingue les plus anciens, scalpés lors de la création des terrasses, des plus récents, qui ont conservé leur goulot de fermeture.

La plupart sont dans une phase d’attente d’utilisation, caractérisée par un comblement rapide par une seule couche de remblai issu du substrat marneux qui ne permet pas de conserver un tel volume vide. La dégradation et l’effondrement des parois signeraient son abandon et la perte d’un espace souterrain au sein de la parcelle - le volume d’un silo endommagé ne sera en effet jamais plus excavé.

Les silos, de diamètres constants autour de 1,30 m, présentent différents volumes puisque les profondeurs des chambres de stockage varient de 1,20 à plus de 2 m.

Si l’hypothèse doit encore être étayée, on peut voir ici un possible stockage collectif au sein d’une aire d’ensilage individuelle, caractérisé par un soin apporté à chaque silo afin de transmettre à la génération suivante un bâti et ses structures de stockage intacts.

Aménagement : Madame Bhaïravi Mahadevia
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Occitanie)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Tanguy Wibaut, Inrap