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Découverte d’une maison à abside du Ve s. av. J.-C. dans la campagne de Béziers
Sur le site des Fangasses, les archéologues de l’Inrap ont documenté des aménagements protohistoriques, et notamment une maison à abside bien conservée, des fosses du Néolithique, dont cinq inhumations, ainsi qu’une plantation d’arbres de l’époque romaine.
Une maison à abside du premier âge du Fer en Gaule méridionale
Au centre de la parcelle fouillée, cette maison a été identifiée sur un épais remblai qui comble une zone excavée de 70 m2 ayant au préalable servi de carrière d’argile. Mesurant 7,6 mètres de long et 3 mètres de large, cette maison excavée a conservé d’épaisses séquences stratigraphiques offrant la possibilité d’observer ses aménagements domestiques. Son élévation associait la terre et le bois, comme le laissent entrevoir les fondations constituées de blocs de molasse et de terre crue et la présence de quelques trous de poteaux. Des adobes (briques moulées de terre crue), dont quelques-unes partiellement brûlées ont pu être documentées, devaient constituer l’essentiel de son architecture.

Photographie générale de l’occupation de l’âge du Fer avec la maison en arrière-plan.
© Cédric da Costa, Inrap

Vue générale en fin de fouille. Le substrat creusé par plusieurs fronts de taille, probable carrière dans laquelle s’installera l’habitat.
© Cédric da Costa, Inrap

La maison à abside en cours de fouille. Au premier plan le four, suivi du foyer.
© Ingrid Dunyach, Inrap
Avec une superficie de 20 m2, cette maison s’inscrit dans la moyenne de celles connues dans le Midi de la Gaule à l’époque protohistorique. L’espace intérieur est divisé en plusieurs parties. Au Nord, se trouve un espace fonctionnel, de type « cuisine », avec un four en cloche, un foyer souvent rehaussé (sept états successifs retrouvés) et une banquette/table. Au Sud, l’espace est dépourvu d’aménagement, à l’exception d’une fosse remplie d’une accumulation de rejets cendreux, qui pourrait-être liée au chauffage. Enfin, le côté Est regroupe plusieurs fosses, associées au stockage de denrées et de matière première (argile épurée). Cet endroit s’ouvre sur l’extérieur comme le ferait un porche, avec des sols successifs. Les études micromorphologiques et paléoenvironnementales nous aideront à préciser la nature exacte des activités pratiquées.

Photographies du four domestique en cours de fouille avec une partie de la voûte effondrée à l’intérieur.
© Ingrid Dunyach, Inrap

Photographie du radier d’amphores qui a pu servir de table ou de support.
© Guilhem Marty, Inrap
En Gaule méridionale, le plan des maisons rurales et leurs aménagements intérieurs sont peu renseignés. En revanche, les maisons urbaines à abside(s) sont mieux connues. Elles datent généralement du premier âge du Fer stricto sensu (à Bessan, Lattes, Mailhac, Ruscino…). Les exemples datés du Ve s. av. J.-C. demeurent plus rares (à Gailhan, Lattes), et sont souvent très arasés (Villeneuve-Minervois, Sauvian).
La bonne conservation de la maison des Fangasses est à ce titre d’un grand intérêt. Elle participe grandement à compléter la documentation sur les habitats ruraux. Elle complète aussi notre vision de vie rurale autour de la ville protohistorique de Béziers.
Un mobilier céramique homogène dans l’habitat du Ve s. av. J.-C.
Si aucun silo ni puits, équipements pourtant fréquents à la périphérie des habitats ruraux de cette période, n’a été trouvé dans l’emprise de la fouille, du mobilier céramique a été mis au jour à l’intérieur de l’habitat.

Mobilier céramique découvert dans la maison des Fangasses (première moitié du Ve s. av. J.-C.) (1 : Pithos /dolium ; 2 : amphore grecque ; 3 : amphore massaliète ; 4 : coupe attique).
Étude et dessin : ©Ingrid Dunyach, Inrap
Datant de la première moitié du Ve s. av. J.-C., il semble homogène sur toute la séquence stratigraphique ce qui indique, à première vue, une installation rapide et une occupation de courte durée. Les importations, notamment les amphores de Marseille sont nombreuses et la vaisselle (coupes, marmites et cruches) est d’origine locale, précisément de l’agglomération protohistorique de Béziers, toute proche. Parmi le mobilier d’importation, on notera la présence d’un fragment de coupe en céramique attique à figures rouges de type inset lip figurant un personnage féminin, ce qui est assez rare régionalement pour cette forme là. Enfin, les fragments de pithoi sont nombreux ce qui confirme des activités de stockage.

Céramique grecque. Fragment brûlé d’une coupe attique à figures rouges de type inset lip décoré d'un personnage féminin coiffé d'un bonnet (sakkos) (second quart du Ve s. av. J.-C.).
© Ingrid Dunyach, Inrap et Cécile Jubier, UPVD
Des fosses et des inhumation du Néolithique ainsi que le témoignage d’un parcellaire antique
Les autres structures fouillées correspondent essentiellement à des fosses, des foyers à pierres chauffées et des inhumations datées du Néolithique final. Plusieurs superstructures (de 5 m de circonférence pour une profondeur de 1,30 m conservé) ont été creusées dans le but d’extraire de grandes quantités de terre. Par la suite, ces fosses ont pu servir d’abris ou d’espaces de stockage et de conservation de denrées alimentaires avant d’être réemployées comme dépotoirs. Un important lot de céramique et de faune y a été découvert.

Fosse du Néolithique en cours de fouille. À gauche, les pierres signalent la présence d’une inhumation.
© Guilhem Sanchez, Inrap

Vue générale d'une fosse monumentale du Néolithique en cours de fouille.
© Guilhem Sanchez, Inrap

Défunt inhumé sur les bordures d’une fosse du Néolithique.
© Pierre Forest, Inrap
Par la suite, 5 sépultures à inhumation ont été installées sur la bordure supérieure des fosses, en lien avec un habitat néolithique probablement situé à l’ouest, à l’extérieur de l’emprise de la fouille.
Dans l’Antiquité, le secteur témoigne d’activités agraires. Plusieurs fosses de plantation dessinent une trame qui doit être certainement en lien avec le domaine (villa) situé à proximité et le passage de la Via Domitia à moins de 100 m.

Photographie d'une fosse de plantation antique avec un calage en pierres de la motte centrale.
© Sophie Lhuillery, Inrap
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie Drac Occitanie
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Ingrid Dunyach (Inrap)