Entre février et avril 2025, les archéologues de l'Inrap une emprise de 531 m² dans l’enceinte du collège Lelorgne en ville haute de Provins en amont de l’aménagement d’un bassin de collecte des eaux pluviales. Les archéologues vont ainsi pouvoir explorer les terrains de l’ancienne abbaye Saint-Jacques, où subsistent deux caves intactes, et chercher à analyser les enceintes médiévales et modernes.

Dernière modification
04 avril 2025
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 Les fouilles en cours au sein de l’enceinte du collège Lelorgne. 

© Franck Mallet, Inrap


Les indices archéologiques révélés par un diagnostic

En 2022, Arnaud Prié a dirigé un diagnostic sur l’emprise de l’actuelle fouille. Celle-ci a révélé des fondations conservées sur une hauteur de trois mètres. Les archéologues ont découvert de nombreux vestiges, dont des caves, des murs d’Époque moderne, ainsi qu’un probable four à chaux, tous situés le long de l’enceinte médiévale sud de la ville haute de Provins. Cette opération a permis de mieux comprendre l’histoire de l’enceinte, notamment grâce à la découverte d’un mur qui pourrait correspondre à la base d’un rempart de la seconde enceinte. Les fouilles ont aussi permis de mettre au jour deux caves et d’observer les fondations d’un bâtiment conventuel du XVIIIe siècle.

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 Au premier plan, on aperçoit le pavillon est du logis abbatial du XVIIIe siècle dégagé par les archéologues.

© Franck Mallet, Inrap

 

Le châtel de Provins du Moyen Âge à l’Époque moderne

La ville haute, ou châtel, de Provins a été bâtie sur un éperon rocheux du plateau briard, formant un promontoire entre les vallées du Durteint et de la Voulzie. À l’époque médiévale, sa position stratégique en tant que carrefour commercial lui permet de jouer un rôle clé dans le réseau des foires de Champagne. Provins devient la capitale politique, économique, militaire et culturelle de la région. Le châtel comprenait des remparts, dotés de plusieurs tours au XIIe siècle, un donjon appelé la tour César, le palais des comtes de Champagne. L’abbaye des Cordelières et l’église Saint-Ayoul sont situées dans la ville basse.

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Monnaies datant du Moyen Âge. 

© Solène Bonleu, Inrap

 

Un logis abbatial du XVIIIe siècle

La fouille actuelle se trouve en partie sur le site de l’ancienne abbaye Saint-Jacques, fondée par le comte Thibault II entre 1157 et 1161. Elle comportait de nombreux bâtiments dont une église, un cloître et des jardins. De nouvelles constructions apparaissent au XVIe siècle, notamment sous l’égide de l’abbé Guillaume de la Chesnaye qui fit appel au célèbre graveur et architecte Jacques Androuet du Cerceau pour construire son logis. Les aménagements se poursuivent au XVIIIe siècle. En 1768 est posée la dernière tuile du bâtiment méridional dont la construction a été menée par le prieur Michel Guignace. En 1798, après la Révolution française, l’abbaye est vendue comme bien national et sa destruction s’achève en 1830.  Tous les éléments de construction ont été récupérés, y compris le revêtement du sol, les portes et les escaliers en bois, ne laissant visible que le bâti brut.

Les archéologues ont mis au jour les fondations du logis abbatial du XVIIIe siècle et celles du logis du XVIe siècle. Il s’agit là du seul édifice en France pour lequel une source d’archives atteste une intervention directe de Jacques Androuet du Cerceau, tant pour le dessin que pour le chantier. Les fouilles permettront de mieux comprendre l’organisation intérieure de ces bâtiments qui comprenaient dans leurs parties basses cuisines, réserves, caves et offices.

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Vue restituée de l’abbaye Saint-Jacques de Provins et de ses jardins, anonyme, s. d. [vers 1809 1810].

© Bibliothèque municipale de Provins

Aménagement : Département de Seine-et-Marne
Prescription et contrôle scientifique : Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d’Île-de-France
Recherches archéologiques : Inrap
Responsable de recherches archéologiques : Franck Mallet, Inrap