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La découverte d’un cimetière médiéval à Bourg-Charente (Charente)
En amont de la construction d’un lotissement par la mairie de Bourg-Charente, l'Inrap fouille une surface de 2700 m² au lieu-dit Les Bernardières. Située à proximité de l’église romane, cette opération révèle trois occupations du site, de l’âge du Bronze ou du Fer au Moyen Âge. Pour cette époque, c’est toute une aire funéraire qui est mise au jour.
Aux origines de la commune de Bourg-Charente
L’histoire de l’occupation humaine à Bourg-Charente remonte à la Préhistoire mais aux Bernardières, ce sont des traces ténues de la Protohistoire, limitées à quelques tessons, que les archéologues mettent au jour. De la période gallo-romaine, le site conserve également des éléments architecturaux (blocs de parements), retrouvés en remplois dans le comblement ou l’architecture des tombes médiévales.
Le bourg médiéval s’est développé sur la rive gauche du fleuve. La châtellenie de Bourg est l’une des plus anciennes (Xe siècle) et des plus importantes seigneuries de l’Angoumois. Dotée d’un château fort, aujourd’hui disparu, elle s’étendait sur la paroisse de Bourg-Charente et comprenait aussi plusieurs villages de la paroisse de Gensac ainsi que la paroisse de Chassors.
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Vue générale de l’emprise en cours de fouille.
© Patrick Ernaux, Inrap
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Vue générale de l’emprise en cours de fouille.
© Patrick Ernaux, Inrap
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Vue générale de l’emprise en cours de fouille.
© Patrick Ernaux, Inrap
Un cimetière médiéval oublié de plus de 455 sépultures
Au sein du village actuel se dresse l’église romane, classée monument historique, dont l’origine remonte au XIe siècle. Une partie de ce cimetière pourrait dépendre directement de l’église, tandis que l’autre ferait peut-être partie d’un autre pôle funéraire (aumônerie ? Maladrerie ? Cimetière sans édifice religieux ?). Cette aire se développe probablement dès la période carolingienne et atteint son développement maximal au Moyen Âge classique, pour ensuite être abandonnée et oubliée. Les archéologues ont été surpris de l’importance de ce cimetière et sa fouille mobilise de nombreux anthropologues.
Nécropole du haut Moyen Âge ou cimetière paroissial ?
Une des problématiques à laquelle sont confrontés les archéologues est celle de la datation et de la nature de cette zone funéraire. Cimetière – peut-être même paroissial – ou nécropole du haut Moyen Âge, la datation de plusieurs sépultures permettra peut-être d’orienter la réflexion. Ils ne disposent quasiment pas de matériel d’accompagnement pouvant aider à la datation. L’envoi de deux échantillons pour datation radiocarbone permet déjà de poser les premiers jalons chronologiques de cette aire funéraire, qui pour l’heure se développe à partir de la période carolingienne ou du début du XIe siècle. En outre l’emprise de la fouille ne comprend qu’une partie de l’aire funéraire, de sa naissance à son déplacement hors du bourg.
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Vue de plusieurs sépultures fouillées et en attente de démontage.
© Patrick Ernaux, Inrap
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Vue générale de la fouille.
© Patrick Ernaux, Inrap
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Sépultures en cours de fouille.
© Patrick Ernaux, Inrap
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Démontage en cours d’une sépulture (Bernard Farago, Inrap).
© Patrick Ernaux, Inrap
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Sépulture en cours de fouille (Guillaume Mangeon, Inrap) .
© Patrick Ernaux, Inrap
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Sépulture en cours de fouille (Vincent Miailhe, Inrap).
© Patrick Ernaux, Inrap
Une occupation funéraire dense et diverse
Les tombes consistent en de simples fosses creusées dans le sol. Elles sont quelquefois aménagées pour accueillir un coffrage (dont le matériau périssable a disparu), calé au moyen de moellons ou de blocs architecturaux en remploi. Les fosses peuvent aussi être seulement recouvertes d’une planche en bois sur laquelle sont disposés des moellons calcaires. L’utilisation du coffrage en pierre, caractéristique de la période médiévale est assez rare sur ce site, avec deux cas identifiés.
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Fosse aménagée pour accueillir un coffrage (dont le matériau périssable a disparu) calé au moyen de moellons.
© David Martins, Inrap
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Recoupement de fosses.
© Laure Derobert, Inrap
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Sépulture double.
© David Martins, Inrap
Les occupations successives des fosses ainsi que leur recoupement fréquent dénotent une occupation funéraire dense. Les corps reposent, à une exception près sur le dos, la tête à l’ouest ou au nord-ouest. Les individus sont inhumés dans un linceul et/ou habillés.
La fouille a révélé autant d’hommes que de femmes. Les deux tiers des individus sont des adultes de 20 à 60 ans. Le dernier tiers, celui des immatures, inclut une population allant de sujets morts nés (périnataux) à des grands adolescents. La catégorie qui ressort le plus est celle des 9-12 ans.
L’état de santé de cette population, la cause de leur décès etc. feront l’objet d’études en centres de recherches mais les premières études sanitaires, réalisées sur le terrain, montrent des signes de dégénérescence osseuse (spondylarthrose, rhizarthrose), d’inflammation (spondylarthrite ankylosante), et quelques traumatismes (fractures du corps du métatarse) pouvant aller jusqu’à l’infection.
Les premières observations sur le terrain ouvrent des perspectives de recherches intéressantes sur la naissance et l’évolution d’une aire funéraire à la période médiévale.
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Vue générale de l'emprise en cours de fouille.
© N. Noël, Inrap
Porte ouverte du chantier
Samedi 7 décembre
De 9h30 à 12h30 et 13h30 à 16h30
Visites commentées de la fouille par les archéologues de l'Inrap.
Sur réservation, inscription sur destination-cognac.com
Départ des visites toutes les heures.
Accès : Rue des Bernadières, Bourg-Charente
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Nouvelle-Aquitaine)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : David Martins, Inrap