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Anne d’Alègre : point de vue, images d’outre-tombe

Pour découvrir l’archéologie d’aujourd’hui, ses sciences connexes, mais aussi approcher et décrypter ce que la discipline recouvre de concepts, de modèles, Carbone 14, le magazine de l'archéologie, retrace les avancées de la recherche française et internationale et parcourt terrains, chantiers et laboratoires. Une émission à écouter chaque samedi, de 19 h 30 à 20 h sur France Culture et à réécouter sur Inrap.fr.
Avec Rozenn Colleter, archéo-anthropologue à l’Inrap et au Centre d'Anthropobiologie et de Génomique de Toulouse, Antoine Galibourg, maître de conférences à la Faculté de chirurgie dentaire de l’Université Paul Sabatier de Toulouse et Delphine Maret-Comtesse, maîtresse de conférences à la Faculté de chirurgie dentaire de l’Université Paul Sabatier de Toulouse.
L’étude de la dentition d’Anne d’Alègre, dont le squelette a été découvert en 1988, bénéficie de nouveaux outils d’analyses et dévoile enfin nombre de secrets.
"Si le malade est édenté et défiguré, son discours devient également dépravé" (Ambroise Paré).
Depuis peu, nombre de sépultures de personnages illustres ont été fouillées, rappelons pour mémoire celles de Louis XI et de Ludovico Sforza, duc de Milan, mécène de Léonard de Vinci, décédé à Loches en 1508, ou tout récemment, celle d’Antoine de La Porte, chanoine retrouvé dans son sarcophage de plomb à la croisée du transept de Notre-Dame de Paris. Si tous, hélas, ne peuvent être identifiés, d’autres deviennent célèbres post-mortem et notamment après leur fouille, c’est le cas de la momie de Louise de Quengo, noble bretonne, découverte en 2014, au cœur du couvent des Jacobins de Rennes.
Dans cet inventaire digne d’un point de vue, images d’outre-tombe, le magazine de l’archéologie se penche sur Anne d’Alègre (env. 1565-1619) et l’art et les artifices de son sourire.

Etude du crane et de la dentition d'Anne d'Alègre (1565-1619).
- © Inrap / A Galibourg / CAGT (UMR 5288) et CHU Rangueil
Anne d’Alègre, une aristocrate huguenote du XVIIe siècle
Anne d’Alègre connaît une vie trépidante : veuve à 21 ans, de Paul de Coligny, dernier comte de Laval, remariée avec Guillaume IV d’Hautemer, gouverneur de Normandie, de plus de 30 ans son aîné. Elle fait sourire le tout-Paris aux bruits d’un troisième mariage. Organisatrice de réunions mondaines, à l’affût des modes nouvelles et luxueuses, Anne d’Alègre est une des premières « à rouler carrosse » pour se rendre au prêche le dimanche.
Huguenote, Anne d’Alègre est surtout le témoin de la huitième guerre de religion, face aux ultra-catholiques, menés par la famille des Guise et soutenus par le roi Henri III. Malgré la confiscation des possessions acquises de son mariage avec le comte de Laval, elle ne reniera jamais le protestantisme et sera inhumée dans la chapelle du château de Laval à l’écart des autres comtes.
Art et artifices d’un sourire
Décédée à 54 ans, Anne d’Alègre possède de nombreuses pathologies liées à son âge.
Dans sa bouche, elle porte surtout une prothèse dentaire en ivoire remplaçant une incisive, soutenue sur les dents voisines par des fils d’or, ainsi qu’une ligature de contention sur les prémolaires. Si l’objectif de ces soins est destiné à limiter les conséquences fonctionnelles et esthétiques de la perte de dents, son utilisation à long terme, ainsi que les multiples resserrages nécessaires, entraînent l’instabilité des dents voisines porteuses, puis leur perte.
Si les raisons de cet implant sont thérapeutiques, elles sont surtout esthétiques et sociétales. Rappelons que la femme aristocrate est soumise à de fortes contraintes, leur beauté étant stéréotypée par de nombreux clichés.
Cette recherche s’inscrit dans le programme Actions Marie Sklodowska-Curie (A.M.S.C.) pour le projet « Archaeology, Inequalities and Diet : Archaeology assisted by stable isotopes » (AIDE).
Référence : Rozenn Colleter, Antoine Galibourg, Jérôme Tréguier, Mikaël Guiavarc’h, Éric Mare, Pierre-Jean Rigaud, Florent Destruhaut, Norbert Telmon, Delphine Maret (2023) Dental Care of Anne d’Alègre (1565-1619, Laval, France). Between Therapeutic Reason and Aesthetic Evidence, the Place of the Social and the Medical in the Care in Modern Period. JAS : Reports.

Prise de vues du crâne par l'équipe d'odontologie du CAGT (UMR 5288) et CHU Rangueil de Toulouse
- © Rozenn Colleter, Inrap

Réalisation d'un scanner surfacique de la mandibule d'Anne d'Alègre par l'équipe d'odontologie du CAGT (UMR 5288) et CHU Rangueil de Toulouse
- © Rozenn Colleter/Inrap
Pour aller plus loin
- Pages de présentation de Rozenn Colleter : sur le réseau Linkedin, sa page twitter.
- Ses publications sur le site de l'Inrap.
- Article sur les secrets du sourire d'Anne d'Alègre (site de l'Inrap).
- Présentation de l'ouvrage "Louise de Quengo, une bretonne du XVIIè siècle", co-écrit par Rozenn Colleter, Daniel Pichot et Eric Crubézy, publié aux Presses Universitaires de Rennes en 2021.
- A visionner, une animation "54 ans et toutes ses dents - Anne d'Alègre, comtesse de Laval" réalisée par Le Chronographe, musée et site archéologique de Nantes Métropole, et l'Inrap (2019) dans le cadre d'une exposition ""Prenez soin de vous ! Archéologie du soin et de la santé" (2019/2020).
- Sur Anne d'Alègre : sa page wikipedia, et son histoire sur le site des protestants bretons.
- Antoine Galibourg : sa page sur le réseau Linkedin, sa page twitter, ses pages sur le site de la faculté de santé de l'Université de Toulouse III Paul Sabatier.
- Delphine Maret-Comtesse : ses publications : sur le site Persée, sur le site Information dentaire.fr, participation à plusieurs numéros, notamment sur le magazine n° 8 du 22 février 2023.