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Ainsi meurent les Néandertaliens...

Pour découvrir l’archéologie d’aujourd’hui, ses sciences connexes, mais aussi approcher et décrypter ce que la discipline recouvre de concepts, de modèles, Carbone 14, le magazine de l'archéologie, retrace les avancées de la recherche française et internationale et parcourt terrains, chantiers et laboratoires. Une émission à écouter chaque samedi, de 19 h 30 à 20 h sur France Culture et à réécouter sur Inrap.fr.
Avec Ludovic Slimak, archéologue, penseur, et chercheur CNRS au laboratoire du Centre d'anthropobiologie et de génomique (CAGT) de Toulouse.
Sous le porche d’une grotte dominant la vallée du Rhône, en 2015, cinq dents apparaissent, sous le coup de pinceau d’un archéologue. Elles appartiennent à un homme de Néandertal, peu à peu fouillé, qui livre des informations capitales sur son histoire, son espèce.
Les Néandertaliens vécurent en Europe bien avant l’arrivée de l’Homme moderne, avant de s’éteindre en laissant quelques gènes à une partie de notre humanité contemporaine. (Sic semper evello mortem neanderthalensis)
Objet de toutes les attentions et de toutes les analyses scientifiques, l’homme de la grotte Mandrin s’avère être un des derniers représentants de la lignée néandertalienne, daté d’un peu plus de 40 000 ans.

Site de la grotte Mandrin (Drôme)
- © Ludovic Slimak
Des génomes néandertaliens ont été retrouvés sur des sites de toute l'Eurasie, brossant un tableau de plus en plus complexe de la structure de leurs populations, indiquant pour la plupart que les Néandertaliens de la fin de l'Europe appartenaient à une seule « métapopulation » très homogène.
Or, l’individu de la Grotte Mandrin diverge totalement de ces groupes humains. Celui-ci révèle que sa lignée a vécu durant 50 000 ans dans un isolement génétique. Dans la diversité des gènes néandertaliens l’individu possède toutefois d’étroits liens avec un autre néandertalien, découvert dans une grotte de Gibraltar. Cet isolat, ces lointains liens peuvent-ils être une explication, une clef pour comprendre les causes de la disparition de cette lignée humaine ?

Vue zénithale du site de la grotte Mandrin
- © Ludovic Slimak
Neandertal a été, tout à la fois, une brute bestiale, un être inférieur n’ayant pas évolué et disparaissant face à nous, puis, sous l’impulsion des archéologues, celui-ci s’est transformé en une sorte de bon sauvage, d’humaniste en symbiose avec la nature. Tout cela nous en apprend plus sur les chercheurs et nous-mêmes, que sur Neandertal lui-même ! Le problème réside bien entendu dans la distanciation du chercheur face à son objet d’étude.
Neandertal a créé des objets uniques, tandis que L’Homme moderne a souvent standardisé ses productions. Pourrions-nous être face à deux conceptions du monde, un cas d’éthologie ? Quoiqu’il en soit pensait-il comme nous, rien n’est moins sûr !

Vue de la fouille de la grotte Mandrin
- © Ludovic Slimak
Pour aller plus loin
- Pages de présentation de Ludovic Slimak : sur le site du CNRS, sur le site Babelio, sa page facebook, avec ses photographies.
- Publications de Ludovic Slimak (site HAL - Archives ouvertes).
- Article de Ludovic Slimak sur un ouvrage Néandertal, de vous à moi - Enseignements de la Grotte Mandrin sur la dernière extinction d’humanité, publié sur le site de la mairie de Malataverne, commune où se situe la grotte Mandrin (Drôme).
- Page sur la grotte Mandrin (site du laboratoire TRACES/CNRS - Travaux et Recherches Archéologiques sur, Les Cultures, les Espaces et les Sociétés).
- Notices archéologiques (publications) de Ludovic Slimak sur la grotte Mandrin.
- Page de présentation de son ouvrage Le Dernier Néandertalien, paru aux Editions Odile Jacob en 2023 (site de l'éditeur).
- Page de présentation de son ouvrage Néandertal nu, publié aux Editions Odile Jacob en 2022 (site de l'éditeur).
- A regarder, une vidéo, Mandrin à la rencontre de Néandertal sur les travaux de Ludovic Slimak dans cette grotte de la Drôme.
- Reportage photo sur les découvertes de la grotte Mandrin (site du CNRS).

Mandibule trouvée sur le site de Mandrin (Drôme)
- © Ludovic Slimak

Comparaison des outils trouvés sur les sites de Mandrin en France et de Ksar Akil au Liban
- © Ludovic Slimak

Matériel trouvé en fonction des couches de sédiments sur le site de la grotte Mandrin
- © Ludovic Slimak