Vous êtes ici

La tombe princière et le complexe funéraire monumental de Lavau « Zac du Moutot » (Aube)
Coordinateurs Inrap : Dubuis Bastien, Émilie Millet
Participants Inrap : Florie-Anne Auxerre-Géron (UMR TRACES 5608), Anne Ahü-Delor (UMR ARSCAN 7081), Delphine Barbier-Pain (UMR Geo-Ocean 6538), David Bardel (UMR ArTeHiS 6298), Cécilia Cammas (UMR 5140), Sylvie Coubray (UMR BioArch 7209), Geneviève Daoulas (UMR BioArch 7209), Sylvie Deffressigne UMR ArTeHiS 6298), Valérie Delattre (UMR ArTeHiS 6298), Bastien Dubuis (UMR ArTeHiS 6298), Benoît Filipiak, François Gauchet, Aurore Louis (UMR ARSCAN 7081), Émilie Millet (UMR ArTeHiS 6298), Théophane Nicolas (UMR Trajectoires 8215), Rebecca Peake (UMR ArTeHiS 6298), Vincent Riquier (UMR Trajectoires 8215), Marion Saurel (UMR 8546 AOROC), Geert Verbrugghe, Pascale Verbrugghe †, Pascal Verdin, Céline Villenave.
Participants externes : Barbara Armbruster (CNRS), Sylvain Bauvais (CNRS), Lucile Beck (CEA- MSH Paris Saclay), Shéhérazade Bentouati (Echaraz conservation restauration), Renaud Bernadet (Laboratoire de restauration Bernadet), Maryse Blet-Lemarquand (UMR 7065 IRAMAT), François Blondel (UMR ArTeHiS 6298), Céline Bon (MNHN), Frédéric Boursier (MNHN), Clotilde Boust (C2RMF), Ludivine Chazalon (Université de Nantes), Antony Colombo (EPHE), Yvan Coquinot (C2RMF), Claire Cuyaubère (C2RMF), Emmanuelle Demey (SMBP / ESPCI), Christel Doublet (C2RMF), Benjamin Dufour (UMR 6249 Chrono-environnement), Dominique Frère (UMR 8546 AOROC), Hitomi Fujii (C2RMF), Nicolas Garnier (Laboratoire Nicolas Garnier), Benjamin Gehres (C2RMF), Delphine Gillot (Archéo C-R'os), Benjamin Houal, Antoine Hermary (UMR 7299 Centre Camille Julian), Charlotte Hochard (C2RMF), Jean-Bernard Huchet (MNHN), Stéphane Izri (UMR ArTeHiS 6298), David Josset (UMR 8546 AOROC), Sophie Lafosse (MNHN), Elsa Lambert (C2RMF), Agnès Lattuati (C2RMF), Matthieu Le Bailly (UMR 6249 Chrono-environnement), Bertrand Ligouis (Université de Tübingen), Dominique Groebner, Adeline Le Cabec (Université de Bordeaux), Manuel Leroux (C2RMF), Nicolas Mélard (C2RMF), Benoît Mille (C2RMF), Fabienne Médard (Anatex, UMR 5138 ArAr), Yannick Miras (MNHN), Claude Mordant (UMR ArTeHiS 6298), Pierre Nouvel (UMR ArTeHiS 6298), Claire Pacheco (C2RMF), Clotilde Proust (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Dominique Robcis (C2RMF), Laurianne Robinet (CRCC - CRC), Willy Tegel (Université de Fribourg), Sylvie Thao-Heu (CRCC - CRC), Jean-Paul Thuillier (UMR 8546 AOROC), Yannick Vandenberghe (C2RMF), Joëlle Vinh (SMBP / ESPCI), Stefan Wirth (UMR ArTeHiS 6298).
Fouillée par l’Inrap en 2014 et 2015, la tombe princière de Lavau constitue aujourd’hui, en France, l’ensemble de référence pour aborder le phénomène princier celtique à la transition entre premier et second âge du Fer, à travers diverses problématiques touchant à la question d'un artisanat de cour, des réseaux de relations à longue distance, de l'acculturation des élites celtiques ou encore de la genèse du premier style celtique.
Un projet de publication monographique
La fouille réalisée entre octobre 2014 et avril 2015 à Lavau dans l’Aube, sur la « Zac du Moutot », a permis d'étudier le cœur d'un complexe funéraire monumental fondé au début du Bronze final et abandonné au cours de l'Antiquité tardive. Cette nécropole sera, vers le milieu du Ve s. avant notre ère, le lieu d’inhumation d’un personnage dont le très haut rang est signifié par la taille et l’architecture hors du commun de son monument. Cette sépulture constitue avec celle de Vix l’une des plus impressionnantes manifestations du « phénomène princier » celtique et, en la matière, l’ensemble le mieux documenté de France. La publication complète du site a motivé, dans la foulée du rapport de fouille rendu dès 2016, la constitution d’un projet collectif de recherches, actif depuis 2018. Ce travail inter-institutionnel et pluri-disciplinaire s’articule autour de deux axes de recherche principaux visant chacun la production d’un ouvrage de synthèse.
Axe 1 : La nécropole. Étude du monument princier, des occupations funéraires antérieures et postérieures
Aujourd’hui clôturé, il constitue le premier ouvrage de la monographie de site (Dubuis, 2024). L’ouvrage présente le complexe funéraire, sa structuration et son évolution sur le temps long. Il peut être rappelé que cette nécropole implantée en rive droite de la Seine présente un état de conservation exceptionnel puisque plusieurs monuments protohistoriques sont partiellement conservés en élévation, faisant de cet ensemble un cas de référence pour l'étude et la restitution de l'architecture et des pratiques funéraires.
Axe 2 : La tombe princière
Dans cette vaste chambre funéraire habillée de bois, reposait un homme allongé sur la caisse d'un char à deux roues, non démonté. Son riche costume témoigne de son très haut rang social : torque et bracelets en or, fibule, brassard, perles en ambre, ceinture brodée de fils d'argent, boucles et passe-lacets en bronze. Un dépôt de vaisselle, riche d'une dizaine de pièces (chaudron, bassins, bouteille, œnochoé, passoire etc.), permet d'appréhender la pratique du banquet chez les élites celtiques locales. L'examen des éléments de parure, des accessoires vestimentaires et des pièces du char, conduit à dater cette sépulture du tout début du second âge du Fer (à La Tène A1), soit à peine quelques décennies après celle de Vix en Bourgogne.
Une découverte exceptionnelle
Fortement médiatisée à travers le monde, la découverte de la tombe princière et de son monument a suscité l'attention de toute la communauté scientifique. L'emprise de fouille de près de 2 hectares a permis d'étudier dans son intégralité le monument associé tout en documentant avec la rigueur nécessaire les vestiges antérieurs et postérieurs, offrant à cette découverte de premier plan un contexte précis. Différents traits remarquables confèrent à cette sépulture un caractère exceptionnel. Il s’agit tout d’abord d’un rare ensemble de transition : le monument et la tombe de Lavau sont les derniers reflets d’un phénomène marquant le nord des Alpes depuis le début du VIe s. Le prince de Lavau meurt à un moment où ces manifestations ont largement disparu ailleurs, à l’exemple de la tombe de Vix, un peu antérieure. Le caractère tardif de la sépulture se traduit par l’emploi d’un char à deux roues, apanage des élites du second âge du Fer, plutôt que d’un char à quatre roues, comme à Vix ou Hochdorf. On retrouve également sur quelques objets du dépôt, par exemple sur le torque en or ou les garnitures en métaux précieux de l’oenochoé, quelques décors du premier style celtique, expérimenté au tout début de La Tène.
On identifie un autre fait marquant par la présence d’objets en argent, très rares dans les contextes funéraires de cette époque (à Vix : une phiale). Ces objets sont liés, en partie, à une profonde intégration chez l’élite celtique locale de pratiques méditerranéennes, comme le symposium avec l’emploi d’accessoires filtres pour la consommation du mélange à base de vin. À Lavau, on retrouve de manière concomitante le vin rouge, boisson sans doute importée du Sud (Marseille ?), une passoire et une cuillère perforée, toutes deux en argent. Cette ouverture au monde méditerranéen se traduit aussi par la présence de nombreuses vaisselles d’importation, aussi bien italiques (et vraisemblablement étrusques, comme une ciste à cordons, une petite oenochoé de bronze, deux bassins) que grecque (une oenochoé attique à figures noires) voire des productions locales probablement « mixtes », tel le grand chaudron qui adopte une forme nord-alpine et des décors d’ambiance méditerranéenne (têtes d’Acheloos et de félins).
Cet univers d’objets celtiques ou témoignant de contacts à longue distance fournit un riche corpus de décors et de figurations, associés à des techniques de haute volée, comme le filigrane, les fils perlés, la couture de fils métalliques sur le cuir (observés sur la ceinture du défunt et sur un grand couteau de cérémonie). Ce dernier aspect permet d’entrevoir la présence d’artisans spécialisés, faisant démonstration de leur maîtrise technique au service du pouvoir ; ils se prêtent alors aux premières expérimentations de l’art celtique encore en germe. À travers tous ces objets, il est donc possible d’explorer de multiples problématiques touchant à l’existence d’un artisanat de cour, à la nature des réseaux de relations à longue distance, à l’acculturation des élites celtiques ou encore de porter un nouveau regard sur la genèse du premier style celtique.

Plan général de la nécropole du Moutot : la frise chronologique montre les principales phases d'occupation.
B. Dubuis, Inrap

Plan d'ensemble de la fouille (nécropole du Moutot) : vestiges périodisés et réseau de bermes permettant l'étude stratigraphique.
B. Dubuis, Inrap

Vue aérienne générale du site à la fin du décapage : vue vers le sud-ouest et la plaine.
Cliché : F. Canon

L'exploration du chaudron met au jour une exceptionnelle oenochoé grecque à décors d'or et d'argent.
Cliché : D. Gliksman

Le dépôt funéraire dans son état le plus dégagé, avant démontage.
Cliché : B. Dubuis, Inrap

Relevé au crayonné du pied de gobelet en or et argent.
Cliché : B. Dubuis, Inrap
De nouvelles clefs de lecture de la société celtique
Cette sépulture offre de nouvelles clefs de lecture de la société celtique du Ve siècle avant notre ère, à l’instant où celle-ci bascule d’un âge à l’autre à travers la soudaine disparition des princes et des premières villes, le retour à une société fragmentée en de multiples chefferies. Peut-être une génération après la Dame de Vix, le prince de Lavau, son faste et son goût pour la culture méditerranéenne constituent l’un des tout derniers témoignages de ce phénomène spectaculaire, et porte les signes d’un nouvel âge, celui du deuxième âge du Fer, celui des Celtes historiques.
La tombe de Lavau apparaît aujourd’hui comme un véritable chainon manquant, qui relie par bien des façons les tombes princières bourguignonnes de la fin du premier âge du Fer aux nombreuses tombes à char champenoises plus modestes du début du second âge du Fer. Cette exceptionnelle situation chronologique et géographique charnière ouvre enfin sur des problématiques touchant à la question de l’organisation socio politique et territoriale : de Vix à Lavau, quelle trajectoire historique est à l’œuvre ? Une publication intégrale des données tant de terrain que de laboratoire constitue donc une étape incontournable de la valorisation scientifique de cette exceptionnelle découverte qui fera référence pour les décennies à venir. Ce second volume (Lavau II, également dans les suppléments Gallia) est en préparation.
DUBUIS, Bastien. (2024). Lavau I . Le complexe funéraire monumental de Lavau (XIIe s. av. J.-C. – IVe s. apr. J.-C.). Gallia, 66e supplément.